Loyer impayé : délais et obligations d’expulsion
Guides pratiques

Loyer impayé : délais et obligations d’expulsion

Lucas Mestre
13 min

Face à des loyers impayés, ni le propriétaire ni le locataire ne peuvent improviser : chaque étape obéit à un délai fixé par la loi. Voici la procédure en vigueur, du premier retard au passage du commissaire de justice, et ce que chacun peut faire à chaque stade.

En bref
Les textes consultés ne fixent aucun nombre de loyers impayés à partir duquel on peut expulser. Le bailleur doit passer par un commandement de payer, qui laisse en principe six semaines pour régulariser, puis par le juge, puis par un commissaire de justice.
  • Six semaines pour payer après le commandement (un bail plus ancien peut prévoir deux mois), et au moins six semaines entre la notification de l’assignation au préfet et l’audience.
  • Trois ans maximum de délais de paiement peuvent être accordés par le juge, sous conditions.
  • Deux mois en général pour partir après le commandement de quitter les lieux.
  • Trêve hivernale du 1er novembre 2026 au 31 mars 2027 : l’expulsion est reportée, sauf exceptions.

Les obligations juridiques du bail et le cadre de la relation locataire-propriétaire

La loi du 6 juillet 1989 encadre la location de la résidence principale. Son article 6 impose au bailleur de remettre un logement décent, en bon état d’usage et de réparation, et d’en assurer la jouissance paisible. Le locataire, lui, doit payer le loyer et les charges.

L’impayé se joue surtout sur la clause résolutoire, qui met fin au bail de plein droit en cas de défaut de paiement. Elle est obligatoire dans les baux signés à partir du 29 juillet 2023. Les contrats-types l’intègrent pour les contrats conclus ou renouvelés depuis le 1er octobre 2026 (décret n° 2026-596 du 6 juillet 2026).

Un bail plus ancien peut ne pas la contenir. Le propriétaire doit alors demander la résiliation au juge des contentieux de la protection, qui apprécie la gravité de la faute.

Le déroulement concret de la procédure d’expulsion locative

La loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023, dite anti-squat, a raccourci plusieurs délais, dont celui du commandement de payer, passé de deux mois à six semaines.

Vérifiez la date et la clause de votre bail. Selon l’avis de la Cour de cassation du 13 juin 2024 (n° 24-70.002), ces dispositions ne modifient pas les délais inscrits dans les baux en cours au jour de leur entrée en vigueur : une clause prévoyant deux mois peut donc continuer de s’appliquer. L’avis ne tranche pas le cas des baux reconduits ou renouvelés depuis ; demandez conseil à votre ADIL ou à un commissaire de justice.

  1. Relance et conciliation. Lettre simple, puis mise en demeure en recommandé avec accusé de réception. Si la dette ne dépasse pas 5 000 €, une tentative de conciliation est obligatoire avant de demander la résiliation au juge.
  2. Commandement de payer. Délivré par un commissaire de justice, il doit mentionner à peine de nullité le délai pour payer, soit six semaines selon l’article 24. Il indique aussi le montant du loyer et des charges, le décompte de la dette et les coordonnées du fonds de solidarité pour le logement (FSL).
  3. Assignation. Sans paiement complet ni accord après six semaines, le bailleur peut assigner devant le juge des contentieux de la protection. L’assignation est notifiée au préfet au moins six semaines avant l’audience, sous peine d’irrecevabilité. Un diagnostic social et financier est réalisé avant l’audience.
  4. Audience. Le juge peut accorder des délais de paiement et suspendre la clause résolutoire, ou constater la résiliation. Le locataire devient alors occupant sans droit ni titre et doit une indemnité d’occupation.
  5. Commandement de quitter les lieux. Le délai est en général de deux mois. Le juge peut le réduire ou le supprimer, notamment en cas de mauvaise foi. Le juge de l’exécution peut, lui, accorder un délai de grâce d’un mois à un an.
  6. Expulsion. Seul un commissaire de justice y procède, un jour ouvrable, entre 6 heures et 21 heures. En cas de refus ou d’absence, il peut demander au préfet le concours de la force publique.
Attention : jamais d’expulsion par soi-même
Forcer un occupant à quitter le lieu qu’il habite, sans le concours de l’État et par manœuvres, menaces, voies de fait ou contraintes, est un délit puni de trois ans de prison et 30 000 € d’amende (article 226-4-2 du Code pénal). Service-public.gouv.fr le rappelle : un propriétaire ne doit pas entrer seul dans le logement, changer la serrure ni toucher aux meubles, même avec un jugement en main.

Quels seuils d’impayés avant la mise en œuvre effective de l’expulsion ?

Ni l’article 24 de la loi de 1989 ni la fiche de service-public.gouv.fr n’indiquent de montant minimal pour délivrer un commandement de payer. Les seuils qui existent déclenchent des signalements, pas une expulsion.

SeuilCe qu’il déclenche
Premier impayéLe bailleur peut réclamer le paiement à la caution ou à son assurance. Avec Visale, l’impayé se déclare dans les 30 jours.
Dette de 5 000 € ou moinsConciliation obligatoire avant de demander la résiliation.
Deux fois le loyer net (aide versée au bailleur) ou deux fois le loyer hors charges (aide versée au locataire)Le bailleur alerte la Caf ou la MSA, de préférence en recommandé. À défaut, il risque une amende de 8 010 €.
Impayé continu depuis deux mois, ou dette égale à deux fois le loyer mensuel hors chargesLe commissaire de justice signale le commandement à la CCAPEX, si le bailleur est une personne physique ou une société civile familiale.

Certains bailleurs personnes morales doivent, eux, saisir la CCAPEX et attendre deux mois avant d’assigner. Enfin, deux décrets du 12 février 2026 modifient la gestion des impayés pour les bénéficiaires d’APL, d’ALF ou d’ALS à compter du 1er janvier 2027 : ces seuils d’alerte sont à revérifier à cette date.

La durée totale varie trop selon les tribunaux, les recours et la saison pour qu’on avance une moyenne fiable. Le tableau ci-dessous s’en tient donc aux délais fixés par les textes.

ÉtapeDélai légal
Commandement de payer6 semaines pour payer (bail en cours au 29 juillet 2023 : voir sa clause)
Notification de l’assignation au préfet, puis audienceAu moins 6 semaines
Délais de paiement accordés par le juge3 ans maximum
Commandement de quitter les lieux2 mois en général, réductibles par le juge
Délai de grâce du juge de l’exécution1 mois à 1 an
Trêve hivernaleDu 1er novembre au 31 mars inclus

Recours et aides pour les locataires en difficulté financière

Le plus tôt est le mieux. Dès la première difficulté, un accord amiable écrit et signé avec le propriétaire (délai, étalement) peut éviter le commandement. Une aide peut être demandée à la Caf ou à la MSA, à Action Logement, au FSL ou par l’intermédiaire d’une assistante sociale.

Pendant les six semaines du commandement, le locataire peut reprendre le paiement, rembourser en partie, demander une aide ou négocier. Si la dette s’ajoute à d’autres, un dossier de surendettement peut être déposé.

Devant le juge, deux conditions comptent : avoir repris le paiement intégral du loyer courant avant l’audience, et être en mesure de rembourser. Le juge peut alors accorder jusqu’à trois ans et suspendre la clause résolutoire. Tant que l’échéancier est respecté, le locataire reste dans le logement. Au premier retard, la résiliation joue.

Avant l’audience, le locataire peut répondre au diagnostic social et financier et consulter un avocat. Celui-ci n’est pas obligatoire, et l’aide juridictionnelle peut le financer sous conditions.

Intervention des organismes sociaux et associations spécialisées

ADIL

Conseils gratuits et neutres d’un juriste, pour le locataire comme pour le bailleur. C’est le premier contact à privilégier pour une situation précise.

SOS Loyers impayés

Le 0 805 160 075, numéro vert gratuit, du lundi au vendredi, informe locataires et propriétaires.

CCAPEX

La commission départementale de prévention des expulsions reçoit les signalements et le diagnostic social et financier.

Caf ou MSA

Elles sont alertées de l’impayé lorsque le locataire perçoit une aide au logement.

FSL

Le fonds de solidarité pour le logement peut aider au paiement de la dette. Ses coordonnées figurent sur le commandement.

Point conseil budget

Une assistante sociale peut y être rencontrée, comme en mairie ou dans les services du département. Le conciliateur de justice intervient, lui, gratuitement.

Selon les territoires, des associations peuvent aussi accompagner les ménages : l’assistante sociale ou l’ADIL sont de bons points d’entrée pour les identifier.

Conséquences juridiques et humaines de l’expulsion pour locataires et propriétaires

Côté locataire, la résiliation fait perdre le droit d’occuper le logement, sans effacer la dette. Rester après le délai accordé expose à une amende de 7 500 € (article 315-2 du Code pénal). Selon l’ANIL, ce délit ne vise pas l’occupant protégé par la trêve, celui qui a saisi le juge d’une demande de délai de grâce tant qu’elle n’est pas rejetée ou que les délais courent, ni les logements d’un bailleur social ou d’une personne morale de droit public.

Sans solution de relogement, il faut anticiper : demande de logement social, recours Dalo sous conditions, appel au 115 pour un hébergement d’urgence. Les biens laissés sur place doivent être retirés dans les deux mois, sinon ils sont vendus s’ils ont une valeur marchande ou considérés comme abandonnés.

Côté propriétaire, l’indemnité d’occupation remplace le loyer, mais son encaissement n’est pas garanti. Si le préfet refuse le concours de la force publique, une indemnisation peut lui être demandée par lettre recommandée. Il a deux mois pour répondre, son silence vaut refus, et un recours devant le tribunal administratif est possible dans les deux mois.

Pendant la trêve hivernale, du 1er novembre 2026 au 31 mars 2027, l’expulsion ne peut pas avoir lieu, même avec une décision de justice. Le commandement de payer et la saisine du tribunal restent possibles, et la dette reste due. Ne sont pas protégés notamment les personnes relogées dans des conditions adaptées, les occupants d’un immeuble sous arrêté de mise en sécurité, les squatteurs d’un domicile et les conjoints violents dont le juge aux affaires familiales a ordonné l’éviction.

Synthèse des enjeux autour des loyers impayés et des expulsions

Un dialogue engagé tôt et formalisé par écrit peut éviter la procédure aux deux parties. S’il échoue, la procédure protège chacun à condition d’en respecter chaque étape.

Le dépôt de garantie est un autre sujet fréquent en fin de bail : notre guide pour locataires et propriétaires le détaille.

À retenir
  • Agir dès le premier impayé : accord écrit, aides, caution, Visale ou assurance.
  • Locataire : reprendre le loyer courant avant l’audience pèse sur la décision du juge.
  • Propriétaire : respecter chaque étape et ne jamais agir seul sur le logement.
  • En cas de doute : ADIL, commissaire de justice ou avocat.

Questions fréquentes

Combien de loyers impayés avant une expulsion ?
Les textes consultés ne fixent pas de nombre. L’expulsion suppose un commandement de payer resté sans effet ou une demande de résiliation, puis une décision de justice.
Le délai du commandement de payer est-il de deux mois ou de six semaines ?
Six semaines selon l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989, dans sa version en vigueur depuis le 29 juillet 2023. Pour un bail déjà en cours à cette date, la clause peut prévoir deux mois (avis de la Cour de cassation du 13 juin 2024) : vérifiez votre contrat.
La trêve hivernale suspend-elle la procédure ?
Non. Elle reporte l’expulsion, sauf exceptions, mais n’empêche ni le commandement de payer, ni l’assignation, ni le jugement. La dette reste due.
Un propriétaire peut-il changer la serrure ?
Non. Seul un commissaire de justice peut procéder à l’expulsion, après une décision de justice. Forcer l’occupant à partir expose à trois ans de prison et 30 000 € d’amende.
Qui contacter en premier ?
L’ADIL de votre département ou le 0 805 160 075, gratuits, pour les deux parties. Pour agir en justice, voyez un commissaire de justice ou un avocat.

Ressources Pratiques et Outils

Cabinets d’avocats à Paris

Cités à titre indicatif, sans recommandation. Vérifiez auprès du cabinet qu’il traite ce contentieux et demandez ses honoraires par écrit.

Communauté et informations

Des sites juridiques pour s’informer, sans remplacer l’avis d’un professionnel sur votre dossier.
Sources consultées le 1er novembre 2026 : service-public.gouv.fr, « Loyers impayés et expulsion du locataire » (vérifiée le 6 août 2026) et « Trêve hivernale 2026-2027 » (2 octobre 2026) ; Légifrance, article 24 de la loi du 6 juillet 1989 (en vigueur depuis le 29 juillet 2023) et article 226-4-2 du Code pénal ; Cour de cassation, avis du 13 juin 2024, n° 24-70.002 ; ANIL, pages sur l’occupation illicite (18 août 2026), le diagnostic social et financier (17 septembre 2026) et la trêve hivernale (28 octobre 2025).
Cet article est informatif et ne remplace pas l’avis d’un professionnel. Pour votre situation, adressez-vous à votre ADIL, à un commissaire de justice ou à un avocat.

À propos de Lucas Mestre

Cela fait une douzaine d'années que j'analyse et vulgarise les sujets d'argent : investissement immobilier, financement, épargne et, plus récemment, l'univers des crypto-actifs. J'aime décortiquer un projet d'achat ou de location, expliquer comment se construit un budget, comparer les solutions de placement et démêler ce qui relève de l'opportunité réelle de la promesse trop belle. Sur l'immobilier comme sur la finance, je m'attache à la pédagogie : un lecteur doit comprendre où il met son argent et quels risques il prend. Avant de publier, je vérifie chiffres, fiscalité et conditions de marché à jour, et je rappelle qu'aucun rendement n'est garanti. Je ne donne pas de conseil personnalisé : je fournis des repères pour décider en connaissance de cause. Mon angle reste prudent et concret, à hauteur de patrimoine ordinaire.

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