Face à des loyers impayés, ni le propriétaire ni le locataire ne peuvent improviser : chaque étape obéit à un délai fixé par la loi. Voici la procédure en vigueur, du premier retard au passage du commissaire de justice, et ce que chacun peut faire à chaque stade.
- Six semaines pour payer après le commandement (un bail plus ancien peut prévoir deux mois), et au moins six semaines entre la notification de l’assignation au préfet et l’audience.
- Trois ans maximum de délais de paiement peuvent être accordés par le juge, sous conditions.
- Deux mois en général pour partir après le commandement de quitter les lieux.
- Trêve hivernale du 1er novembre 2026 au 31 mars 2027 : l’expulsion est reportée, sauf exceptions.
Les obligations juridiques du bail et le cadre de la relation locataire-propriétaire
La loi du 6 juillet 1989 encadre la location de la résidence principale. Son article 6 impose au bailleur de remettre un logement décent, en bon état d’usage et de réparation, et d’en assurer la jouissance paisible. Le locataire, lui, doit payer le loyer et les charges.
L’impayé se joue surtout sur la clause résolutoire, qui met fin au bail de plein droit en cas de défaut de paiement. Elle est obligatoire dans les baux signés à partir du 29 juillet 2023. Les contrats-types l’intègrent pour les contrats conclus ou renouvelés depuis le 1er octobre 2026 (décret n° 2026-596 du 6 juillet 2026).
Un bail plus ancien peut ne pas la contenir. Le propriétaire doit alors demander la résiliation au juge des contentieux de la protection, qui apprécie la gravité de la faute.
Le déroulement concret de la procédure d’expulsion locative
La loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023, dite anti-squat, a raccourci plusieurs délais, dont celui du commandement de payer, passé de deux mois à six semaines.
Vérifiez la date et la clause de votre bail. Selon l’avis de la Cour de cassation du 13 juin 2024 (n° 24-70.002), ces dispositions ne modifient pas les délais inscrits dans les baux en cours au jour de leur entrée en vigueur : une clause prévoyant deux mois peut donc continuer de s’appliquer. L’avis ne tranche pas le cas des baux reconduits ou renouvelés depuis ; demandez conseil à votre ADIL ou à un commissaire de justice.
- Relance et conciliation. Lettre simple, puis mise en demeure en recommandé avec accusé de réception. Si la dette ne dépasse pas 5 000 €, une tentative de conciliation est obligatoire avant de demander la résiliation au juge.
- Commandement de payer. Délivré par un commissaire de justice, il doit mentionner à peine de nullité le délai pour payer, soit six semaines selon l’article 24. Il indique aussi le montant du loyer et des charges, le décompte de la dette et les coordonnées du fonds de solidarité pour le logement (FSL).
- Assignation. Sans paiement complet ni accord après six semaines, le bailleur peut assigner devant le juge des contentieux de la protection. L’assignation est notifiée au préfet au moins six semaines avant l’audience, sous peine d’irrecevabilité. Un diagnostic social et financier est réalisé avant l’audience.
- Audience. Le juge peut accorder des délais de paiement et suspendre la clause résolutoire, ou constater la résiliation. Le locataire devient alors occupant sans droit ni titre et doit une indemnité d’occupation.
- Commandement de quitter les lieux. Le délai est en général de deux mois. Le juge peut le réduire ou le supprimer, notamment en cas de mauvaise foi. Le juge de l’exécution peut, lui, accorder un délai de grâce d’un mois à un an.
- Expulsion. Seul un commissaire de justice y procède, un jour ouvrable, entre 6 heures et 21 heures. En cas de refus ou d’absence, il peut demander au préfet le concours de la force publique.
Quels seuils d’impayés avant la mise en œuvre effective de l’expulsion ?
Ni l’article 24 de la loi de 1989 ni la fiche de service-public.gouv.fr n’indiquent de montant minimal pour délivrer un commandement de payer. Les seuils qui existent déclenchent des signalements, pas une expulsion.
| Seuil | Ce qu’il déclenche |
|---|---|
| Premier impayé | Le bailleur peut réclamer le paiement à la caution ou à son assurance. Avec Visale, l’impayé se déclare dans les 30 jours. |
| Dette de 5 000 € ou moins | Conciliation obligatoire avant de demander la résiliation. |
| Deux fois le loyer net (aide versée au bailleur) ou deux fois le loyer hors charges (aide versée au locataire) | Le bailleur alerte la Caf ou la MSA, de préférence en recommandé. À défaut, il risque une amende de 8 010 €. |
| Impayé continu depuis deux mois, ou dette égale à deux fois le loyer mensuel hors charges | Le commissaire de justice signale le commandement à la CCAPEX, si le bailleur est une personne physique ou une société civile familiale. |
Certains bailleurs personnes morales doivent, eux, saisir la CCAPEX et attendre deux mois avant d’assigner. Enfin, deux décrets du 12 février 2026 modifient la gestion des impayés pour les bénéficiaires d’APL, d’ALF ou d’ALS à compter du 1er janvier 2027 : ces seuils d’alerte sont à revérifier à cette date.
La durée totale varie trop selon les tribunaux, les recours et la saison pour qu’on avance une moyenne fiable. Le tableau ci-dessous s’en tient donc aux délais fixés par les textes.
| Étape | Délai légal |
|---|---|
| Commandement de payer | 6 semaines pour payer (bail en cours au 29 juillet 2023 : voir sa clause) |
| Notification de l’assignation au préfet, puis audience | Au moins 6 semaines |
| Délais de paiement accordés par le juge | 3 ans maximum |
| Commandement de quitter les lieux | 2 mois en général, réductibles par le juge |
| Délai de grâce du juge de l’exécution | 1 mois à 1 an |
| Trêve hivernale | Du 1er novembre au 31 mars inclus |
Recours et aides pour les locataires en difficulté financière
Le plus tôt est le mieux. Dès la première difficulté, un accord amiable écrit et signé avec le propriétaire (délai, étalement) peut éviter le commandement. Une aide peut être demandée à la Caf ou à la MSA, à Action Logement, au FSL ou par l’intermédiaire d’une assistante sociale.
Pendant les six semaines du commandement, le locataire peut reprendre le paiement, rembourser en partie, demander une aide ou négocier. Si la dette s’ajoute à d’autres, un dossier de surendettement peut être déposé.
Devant le juge, deux conditions comptent : avoir repris le paiement intégral du loyer courant avant l’audience, et être en mesure de rembourser. Le juge peut alors accorder jusqu’à trois ans et suspendre la clause résolutoire. Tant que l’échéancier est respecté, le locataire reste dans le logement. Au premier retard, la résiliation joue.
Avant l’audience, le locataire peut répondre au diagnostic social et financier et consulter un avocat. Celui-ci n’est pas obligatoire, et l’aide juridictionnelle peut le financer sous conditions.
Intervention des organismes sociaux et associations spécialisées
ADIL
SOS Loyers impayés
CCAPEX
Caf ou MSA
FSL
Point conseil budget
Selon les territoires, des associations peuvent aussi accompagner les ménages : l’assistante sociale ou l’ADIL sont de bons points d’entrée pour les identifier.
Conséquences juridiques et humaines de l’expulsion pour locataires et propriétaires
Côté locataire, la résiliation fait perdre le droit d’occuper le logement, sans effacer la dette. Rester après le délai accordé expose à une amende de 7 500 € (article 315-2 du Code pénal). Selon l’ANIL, ce délit ne vise pas l’occupant protégé par la trêve, celui qui a saisi le juge d’une demande de délai de grâce tant qu’elle n’est pas rejetée ou que les délais courent, ni les logements d’un bailleur social ou d’une personne morale de droit public.
Sans solution de relogement, il faut anticiper : demande de logement social, recours Dalo sous conditions, appel au 115 pour un hébergement d’urgence. Les biens laissés sur place doivent être retirés dans les deux mois, sinon ils sont vendus s’ils ont une valeur marchande ou considérés comme abandonnés.
Côté propriétaire, l’indemnité d’occupation remplace le loyer, mais son encaissement n’est pas garanti. Si le préfet refuse le concours de la force publique, une indemnisation peut lui être demandée par lettre recommandée. Il a deux mois pour répondre, son silence vaut refus, et un recours devant le tribunal administratif est possible dans les deux mois.
Pendant la trêve hivernale, du 1er novembre 2026 au 31 mars 2027, l’expulsion ne peut pas avoir lieu, même avec une décision de justice. Le commandement de payer et la saisine du tribunal restent possibles, et la dette reste due. Ne sont pas protégés notamment les personnes relogées dans des conditions adaptées, les occupants d’un immeuble sous arrêté de mise en sécurité, les squatteurs d’un domicile et les conjoints violents dont le juge aux affaires familiales a ordonné l’éviction.
Synthèse des enjeux autour des loyers impayés et des expulsions
Un dialogue engagé tôt et formalisé par écrit peut éviter la procédure aux deux parties. S’il échoue, la procédure protège chacun à condition d’en respecter chaque étape.
Le dépôt de garantie est un autre sujet fréquent en fin de bail : notre guide pour locataires et propriétaires le détaille.
- Agir dès le premier impayé : accord écrit, aides, caution, Visale ou assurance.
- Locataire : reprendre le loyer courant avant l’audience pèse sur la décision du juge.
- Propriétaire : respecter chaque étape et ne jamais agir seul sur le logement.
- En cas de doute : ADIL, commissaire de justice ou avocat.
Questions fréquentes
Combien de loyers impayés avant une expulsion ?
Le délai du commandement de payer est-il de deux mois ou de six semaines ?
La trêve hivernale suspend-elle la procédure ?
Un propriétaire peut-il changer la serrure ?
Qui contacter en premier ?
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Cabinets d’avocats à Paris
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